Chaque année, vers mi-mars, je vois défiler à la boutique les motos sorties d'un hivernage raté. Corrosion sur les durites, traces blanches sur l'alu, batterie morte, jointures de carénage pleines de moisi. Et à chaque fois le même refrain : « Je l'avais pourtant rentrée au sec. » Le problème, c'est qu'on confond ranger et hiverner. Hiverner une moto correctement, c'est un protocole précis que j'applique sur la mienne depuis 2009, et que je vais vous détailler ici sans rien cacher.
Pourquoi un nettoyage en profondeur avant le remisage
On pourrait croire qu'il est inutile de laver une moto qu'on ne va plus toucher pendant trois mois. C'est exactement l'inverse. La saleté qui reste sur la moto pendant l'hivernage, c'est elle qui crée les dégâts. Les résidus de sel de route, les insectes, les projections de graisse, l'humidité piégée dans la crasse : tout ça travaille lentement la peinture et le métal pendant que la machine dort.
Le sel d'épandage est le pire ennemi. Si vous avez roulé en novembre sur des routes salées, ce sel est partout, dans les moindres recoins. Laissé en place tout l'hiver dans un garage humide, il attaque l'aluminium, les vis, les durites. Une moto remisée sale, c'est une garantie de corrosion au printemps. D'où la première règle : on hiverne une moto parfaitement propre et parfaitement sèche.
Étape 1 : le grand nettoyage
Je commence toujours par un lavage complet, mais doux. Pré-rinçage basse pression pour décoller le gros, application d'un shampoing moto sur toute la machine, attention particulière aux zones où le sel se loge : passages de roue, dessous de garde-boue, base du moteur, vis et boulons exposés. Je brosse délicatement les recoins avec une brosse à poils souples.
Pour la transmission, je nettoie la chaîne avec un produit compatible joints toriques, je sèche, et je relubrifie généreusement, car cette couche de lubrifiant va protéger la chaîne de la corrosion pendant tout l'hiver. Le carter et le moteur, je les dégraisse soigneusement. Une mécanique propre, c'est une mécanique qu'on peut inspecter et qui ne corrode pas.
- ▸ Insister sur les zones à sel : passages de roue, dessous de garde-boue, visserie exposée, base moteur.
- ▸ Nettoyer et relubrifier la chaîne, le lubrifiant protégera contre la corrosion hivernale.
- ▸ Dégraisser carter et moteur pour pouvoir inspecter et éviter que la crasse retienne l'humidité.
- ▸ Ne jamais coller la haute pression aux roulements et joints, surtout avant un long arrêt.
Étape 2 : le séchage, l'étape qu'on bâcle toujours
C'est ici que tout se joue, et c'est l'étape que 90 % des gens ratent. Une moto remisée avec de l'eau cachée dans les recoins, c'est de l'humidité piégée pendant trois mois, donc de la corrosion assurée. Une peau de chamois ne suffit absolument pas, parce qu'elle n'atteint pas l'eau cachée dans les ailettes, les jointures de carénage et les rayons.
J'utilise un sécheur souffleur pour chasser toute l'eau des recoins. C'est précisément pour l'hivernage que cet outil prend tout son sens : on déloge l'eau là où elle se cacherait pendant des mois. Je passe partout, autour des durites, sous le réservoir, dans les rayons, dans les ailettes moteur. Tant que je vois une goutte sortir, je continue. Une moto à hiverner doit être sèche comme un os.
« La première année où j'ai séché ma moto au souffleur avant l'hiver, je l'ai retrouvée au printemps comme neuve. Avant, j'avais toujours des points de rouille. » — Laurent, motard du Puy-de-Dôme.
Étape 3 : la protection des surfaces
Une fois la moto propre et sèche, je protège. Sur les plastiques et la peinture, j'applique une cire ou un spray protecteur qui va créer une barrière contre l'humidité ambiante. Sur les parties métalliques nues, l'alu et les chromes, je passe un produit anticorrosion adapté, fin et régulier.
Sur le bloc moteur et les surfaces métalliques exposées, un voile de produit protecteur évite l'oxydation de surface. Attention à ne pas en mettre sur les disques de frein ni sur les étriers. Pour les durites et les plastiques souples, un produit nourrissant évite qu'ils ne se dessèchent et ne craquellent pendant les mois de froid.
Étape 4 : la mécanique et la batterie
Le nettoyage ne fait pas tout, il faut aussi préparer la mécanique. Je fais le plein d'essence à ras bord pour éviter la condensation dans le réservoir et la formation de rouille interne, avec un stabilisateur de carburant si le stockage dépasse trois mois. Je vérifie le niveau d'antigel du liquide de refroidissement.
La batterie, c'est le grand classique de l'hivernage raté. Soit je la débranche et je la stocke au chaud, soit je la laisse en place sur un chargeur de maintien type mainteneur de charge. Une batterie laissée branchée sans maintien tout l'hiver, c'est presque toujours une batterie morte au printemps. Enfin, je surgonfle légèrement les pneus pour limiter la déformation si la moto reste sur ses roues longtemps.
- ▸ Réservoir plein avec stabilisateur de carburant pour éviter condensation et rouille interne.
- ▸ Batterie sur mainteneur de charge ou stockée au chaud, jamais laissée à plat.
- ▸ Pneus légèrement surgonflés pour limiter les méplats si la moto reste posée.
- ▸ Béquille centrale ou cale si possible, pour soulager pneus et suspensions.
Étape 5 : le stockage proprement dit
L'endroit idéal, c'est un local sec, tempéré et aéré. Le pire ennemi, c'est l'humidité combinée au froid. Évitez la bâche en plastique étanche posée directement sur une moto froide : elle crée de la condensation, exactement l'inverse de ce qu'on cherche. Je préfère une housse en tissu respirant qui laisse l'air circuler tout en protégeant de la poussière.
Si vous n'avez qu'un garage humide, un petit déshumidificateur ou même des absorbeurs d'humidité à proximité aident beaucoup. Et de temps en temps, idéalement une fois par mois, allez jeter un œil à votre machine. Un coup d'œil régulier permet de repérer un début de corrosion ou un souci avant qu'il ne s'aggrave.
Mon mot de la fin
Un hivernage bien fait, c'est deux heures de travail en novembre qui vous économisent des centaines d'euros de remise en état au printemps. Le secret tient en trois mots : propre, sec, protégé. Et de loin, l'étape la plus négligée reste le séchage, parce qu'on ne voit pas l'eau cachée qui va faire les dégâts.
Si vous voulez que je vous montre le protocole complet en vrai, passez à l'atelier de Clermont-Ferrand avec votre moto avant les premiers froids. On fait le séchage au souffleur ensemble, je vous montre où le sel se cache, et vous repartez avec une machine prête à passer l'hiver sereinement. Votre moto du printemps vous remerciera.
Une question sur votre matériel ?
Conseil gratuit et démo sur votre moto, à la boutique de Clermont.